La viticulture en Languedoc Roussillon : la grande transformation d’un vignoble de masse

vigneLe Languedoc-Roussillon est la grande région viticole méditerranéenne de France avec un vignoble qui couvre, en 2007, 260 000 ha de terroirs très variés allant de coteaux aux sols pauvres aux plaines littorales à fort potentiel de rendement. La production viticole est maintenant très diversifiée : vins doux naturels, vins d’Appellation d’Origine Controlée (AOC) tranquilles et effervescents, vins de cépages, vins de pays, vins de table... La viticulture représente près de la moitié de la production agricole régionale, pour environ le tiers de la surface agricole utilisée.

La vigne est présente en Languedoc-Roussillon dès le IIe siècle avant J.-C. et elle s’est étendue à l’époque gallo-romaine. Mais c'est au XIXe siècle, avec le développement du chemin de fer, que la région se spécialise massivement dans la production d’un vin de table pour le marché national. Ce vignoble de masse est marqué au cours des deux siècles derniers par des phases de prospérité et de crise. On doit notamment citer la grande révolte des vignerons de 1907 qui a conduit à une organisation du secteur permettant d’éviter les fraudes et de réguler le marché..
Jusqu'au milieu des années 1970, la relative prospérité de cette viticulture tient au maintien d’un niveau élevé de consommation de vin de table en France et au poids des organisations viticoles régionales dans la régulation du secteur. La production en augmentation jusqu'en 1975, avec environ 30 millions d’hectolitres, amorce une baisse au début des années 1980, qui s’accélère à partir de 1988 pour passer sous la barre de 15 millions d’hectolitres en 2006. Cette chute de production correspond à l’élimination d’une grande partie des vins de table anonymes, dont les vignes ont été arrachées, ou qui ont évolué vers les vins de pays. La récolte susceptible d’obtenir une AOC progresse modestement par rapport à d'autres régions : avec 3 millions d'hectolitres, elle est supérieure de 30 % à celle des années 1975. Il s'agit des AOC regroupés au sein des Comités interprofessionnels Inter-Rhône (Côtes du Rhône, Costières de Nîmes), des vins du Languedoc (Coteaux du Languedoc, Corbières, Limoux, Minervois,…), des vins du Roussillon (Côtes du Roussillon, Collioure…) ou des vins doux naturels (Muscats, Rivesaltes, Banyuls…). Les vins de cépage, commercialisés pour l’essentiel sous l’appellation vins de pays d’Oc, connaissent par contre une croissance spectaculaire depuis 1994, dépassant, en 2002, le niveau des AOC, pour atteindre près de 5 millions d’hectolitres en 2006-07.

Ces évolutions de l'offre sont liées en amont à des changements importants dans la structure du vignoble. La diminution des surfaces est le premier déterminant de la diminution de l'offre. Entre 1975 et 1996, le vignoble du Languedoc Roussillon perd un tiers de sa surface, soit environ 140 000 ha. Avec près de 260 000 ha, il est revenu, en 2007, au niveau de...1840. Les surfaces en AOC évoluent peu depuis le début des années 1980 et restent aux environs de 70 000 ha, soit le quart du vignoble.
Mais la réduction de l'offre viticole s'explique aussi par une baisse des rendements depuis 1987. Le rendement moyen régional est aujourd'hui inférieur à 60 hl/ha, soit moins que la moyenne française. Pour les vins de table et de pays, le rendement actuel reste aux environs de 70-75 hl par ha, alors qu'il atteignait 80-85 hl/ha dans les années 1980-87. Pour les vignes AOC, le rendement moyen, autour de 40 hl/ha, est même le plus faible des régions AOC françaises ! Cette situation s'explique certes par l'arrachage de vignes à haut rendement, mais aussi par les rendements plus faibles des nouveaux cépages, les restrictions imposées par les évolutions réglementaires ou par des conditions climatiques et agronomiques particulières (sécheresses plus marquées, épuisement de sols par exemple).
Arrachage définitif et baisse des rendements s’accompagnent d’un renouvellement de l'encépagement. Sur la période 1977-2000, plus de 110 000 ha ont fait l'objet d'aides à la replantation, avec les cépages nécessaires au développement des AOC (grenache, mourvèdre, syrah…), mais également des vins de cépage. Le Languedoc-Roussillon est ainsi devenu en moins de vingt ans le premier fournisseur de vins de cépages au monde : les cabernet et merlot pour les vins rouges, les chardonnay et sauvignon pour les blancs, étaient inexistants en Languedoc au début des années 1980. En 2000, ils occupent plus de 50 000 ha.

L’image actuelle de la viticulture du Languedoc-Roussillon
est d’abord celle d’un nouveau vignoble associé à une grande diversité. Tout d’abord diversité des terroirs, des vins et de leurs marchés. Ensuite, des viticulteurs : à temps plein ou à temps partiel, en coopérative ou en cave particulière, accrochés aux traditions des terroirs ou innovants dans la gestion des vignes et de la vinification. Enfin, diversité des pratiques des viticulteurs et des stratégies des entreprises, depuis le vigneron artisan du vin, jusqu’aux regroupements de coopératives ou négociants développant leur propres marques pour l’exportation. L’enjeu majeur de la viticulture du Languedoc Roussillon est de pouvoir coordonner cette diversité, expression des processus d’innovation en cours, pour en construire les complémentarités et les synergies.
Jean Marc TOUZARD Inra Montpellier Viticulture et vins
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