L’olivier dans notre culture et notre région
Figure emblématique des paysages du Sud de la France, l’olivier représente un symbole fort des civilisations méditerranéennes. Arbre mythique et sacré, il accompagne les textes fondateurs de leurs cultures - Thora, Talmud, Bible, Coran-. Ses rameaux sont annonciateurs de paix et sa lumière éloigne les ténèbres. Sa longévité et sa capacité à reprendre à partir d’une souche en apparence morte participe à sa légende. Planté dans des vergers s’étendant vers l'horizon ou clairsemés de vignes, de lavandes et de garrigues, l’olivier contribue à la grande diversité de nos paysages. Issu d'une domestication au Proche-Orient il y a près de 5700 ans, il constitue avec la vigne et le blé la base alimentaire du régime méditerranéenOn a longtemps cru que l’olivier provenait de la domestication d’un seul et même ancêtre sauvage. Les études génétiques récentes contredisent cette hypothèse d'une origine unique, à l'est de la Méditerranée. Ancêtre de l’olivier, l'oléastre est associé au climat méditerranéen et a colonisé le bassin méditerranéen après les dernières glaciations. La domestication de l’olivier cultivé s’est réalisée non seulement dans le croissant fertile, mais aussi en Afrique du nord et au sud de l’Europe. La culture de l’olivier est contemporaine de l'âge du bronze en Asie mineure. Dans l’Antiquité, le commerce de son huile s'étend avec les expansions grecque et phénicienne, qui ont probablement introduit l’usage alimentaire de l’huile d’olive. Les Romains en développent la culture. Dès le Moyen-âge, l'huile est échangée sur l’ensemble du bassin méditerranéen. A partir du XVIe siècle, la mécanisation des pressoirs et la monoculture accompagnent une forte demande industrielle, en particulier pour la fabrication de savon. Au cours du XXe siècle, et malgré le recul des usages industriels, la production d'huile d'olive a quintuplé.
Habitué des terres sèches, l'olivier exige des hivers doux, des pluies suffisantes en automne et au printemps, et des étés secs et chauds pour la maturité des fruits . En fonction des variétés et de l'aridité du climat, la récolte s’échelonne de septembre pour les olives vertes jusqu’en février pour les olives noires.
Singularité parmi les espèces fruitières, la culture de l'olivier a peu changé depuis l'Antiquité dans les zones traditionnelles de culture, et se trouve parfois associée à d’autres cultures, en particulier la vigne..
En France…
C’est vers l’an mille que l’olivier devient une véritable culture dans le sud de la France. Il va s’y développer jusqu’aux périodes froides qui ont lieu environ tous les 50 ans depuis la fin du XVIIIème siècle. Les grands froids de l’hiver 1956 vont le décimer. Il subsiste alors moins d’un million d’arbres. La culture de l’olivier est alors remplacée par celle de la vigne. Le développement de cette culture reprend toutefois dans les années 1990, et sa progression se poursuit ; elle s’est accélérée récemment avec, en 2007, plus de 4,3 millions d’arbres, dont 2 millions plantés au cours des 10 dernières années..Traditionnellement implanté dans le sud de la France, l’olivier est cultivé dans 4 régions, dont le Languedoc-Roussillon, et dans 13 départements couvrant une zone allant de la Corse à la Drôme et des Alpes-Maritimes aux Pyrénées-Orientales et à l’Ariège. La superficie occupée par les oliveraies est importante (50700 ha en 2007). La majeure partie de la production, 62 %, est concentrée en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le Languedoc-Roussillon représente 23 %, Rhône-Alpes et la région ardéchoise 11 %, la Corse 4 %. L’ensemble de cette zone de culture permet de produire de l’ordre de 4 000 tonnes d’olives pour la table, avec en particulier des produits bien identifiés comme les olives noires de Nice et de Nyons, les olives cassées de la Vallée des Baux, ou les olives vertes des variétés Lucques et Picholine du Languedoc. Cette dernière bénéficie d’une AOC pour l’huile depuis 2004, et pour l’olive verte depuis 2006.
A partir de 18 500 tonnes d’olives à huile triturées, il est produit annuellement de l’ordre de 3 400 tonnes d’huile. Cette production d’huile est cependant fluctuante d’une année sur l’autre.
Sur l’ensemble du territoire oléicole français, 230 moulins et 120 confiseurs élaborent les produits de l’olive. Près de 29 500 oléiculteurs sont recensés, mais seulement 2 % d’entre eux assurent plus de 50 % de la production.
Dans les vieilles oliveraies, la culture est demeurée très traditionnelle ; la densité de plantation à l’hectare est faible et varie de 30 arbres à l’hectare dans les Alpes-Maritimes à 90 dans les Bouches-du-Rhône. Dans les oliveraies actuelles et conduites de manière extensive, la densité de plantation moyenne est de 280 arbres/ha et les rendements d’environ 1 à 2 tonnes/ha. Enfin, il faut noter des initiatives d’intensification de la culture (vergers haute densité et mécanisation de la culture), encore peu développées en France comparativement à l’Espagne.
Au cours des 10 dernières années, un plan de rénovation oléicole financé par l’Union Européenne a permis de restructurer ou de planter 3 500 ha de vergers, de moderniser les moulins à huile pour les mettre aux normes européennes, et d’accompagner certains programmes de recherche auxquels l’INRA a participé.
Françoise Dosba, professeur en arboriculture fruitière à Montpellier Sup Agro, directeur de l’UMR développement et amélioration des plantes
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